L’Africa Credit Rating Agency (AfCRA) sera officiellement lancée le 7 octobre 2026 à Port-Louis, à Maurice, sous l’impulsion de l’Union africaine et avec la mise en œuvre du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (APRM). L’objectif est de proposer une évaluation indépendante et davantage ancrée dans les réalités économiques africaines.
Annoncé officiellement en septembre 2026 par l’Union africaine l’Afrique s’apprête à lancer sa propre agence continentale de notation, l’AfCRA. Derrière cette initiative se trouve une préoccupation majeure : le coût auquel les États et les entreprises africains empruntent sur les marchés internationaux.
Le ministre kényan des Affaires étrangères, Musalia Mudavadi, l’expliquait en mai 2026 dans une interview accordée à Reuters lors du sommet Africa Forward à Nairobi. Selon lui, « l’Afrique a toujours été considérée comme une zone à haut risque ». Cette perception conduit, à ses yeux, les gouvernements et les entreprises africains à accéder au crédit à des taux d’intérêt plus élevés.
Le responsable kényan appelait ainsi les marchés financiers mondiaux à « commencer à regarder l’Afrique différemment », estimant que les économies du continent ne pouvaient continuer à être évaluées uniquement à travers une perception générale du risque africain. Cette position rejoint celle du président nigérian Bola Tinubu.
Dans une déclaration rapportée par le média nigérian The Cable, le chef de l’État affirme que l’Afrique ne demande pas des « notations favorables », mais des « notations justes », fondées sur ses fondamentaux économiques et les réformes engagées. Tinubu insiste toutefois sur la nécessité pour la nouvelle agence de gagner la confiance des marchés. Selon sa déclaration rapportée par le média nigérian, « cette confiance reposera sur son indépendance et sur la rigueur de son travail ».
Une alternative, pas un remplacement
L’AfCRA n’a pas vocation à remplacer Moody’s, S&P Global Ratings ou Fitch Ratings. Selon l’APRM, elle doit plutôt apporter une opinion supplémentaire sur le risque africain. McBride Nkhalamba, responsable au sein de l’APRM, a expliqué à TheCable que l’agence devait fournir « un point de vue alternatif ».
L’Union africaine présente AfCRA comme une institution indépendante destinée à apporter davantage de données, d’expertise et de contexte dans l’évaluation des États, des collectivités et des entreprises africaines. L’agence doit notamment contribuer à réduire les asymétries d’information et à faciliter l’accès aux capitaux.
Le défi de la crédibilité
La création de l’agence ne signifie cependant pas que les investisseurs modifieront immédiatement leur perception du continent. Les grandes agences internationales contestent les accusations de biais régional et affirment appliquer des critères mondiaux et publiquement connus. Reuters rapporte notamment que S&P, Moody’s et Fitch rejettent ces accusations.
L’AfCRA devra donc démontrer son indépendance, la solidité de ses données et la rigueur de ses méthodologies. Pour les responsables africains qui défendent le projet, la bataille ne sera pas seulement de produire une note différente, mais de faire accepter cette note par les marchés. Le lancement de Port-Louis constituera ainsi un premier test pour cette ambition de souveraineté financière africaine.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU