Quatre ans après l’accord de paix de Pretoria, le nord de l’Éthiopie replonge dans une grave crise sécuritaire. Les combats entre les forces liées au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et les forces fédérales se sont intensifiés depuis mercredi 23 septembre, faisant craindre un retour à une guerre de grande ampleur.
La Corne de l’Afrique, déjà fragilisée par les guerres, risque de s’enliser davantage. Alors que la communauté internationale appelle à la désescalade entre les forces liées au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et l’armée régulière éthiopienne, le TPLF affirme déjà sa souveraineté. Les forces tigréennes ont pris le contrôle des trois principaux aéroports du Tigré, à Mekelle, Axoum et Shire, selon l’ONU et l’Union africaine. Ethiopian Airlines a suspendu ses vols vers ces trois villes en raison de la dégradation de la situation sécuritaire. Des affrontements ont également été signalés dans le sud du Tigré et dans les régions voisines de l’Afar et de l’Amhara.
Les deux camps livrent cependant des récits opposés sur le déclenchement des hostilités. Le gouvernement d’Abiy Ahmed accuse le TPLF d’avoir lancé une offensive contre les positions fédérales. Les dirigeants tigréens affirment, eux, être entrés dans une « guerre défensive » après des attaques des forces fédérales. Jeudi, un responsable du TPLF a déclaré à l’AFP que les deux camps étaient désormais dans une situation de « guerre totale ».
Un accord de Pretoria fragilisé
Cette nouvelle escalade intervient alors que l’accord signé à Pretoria le 2 novembre 2022 avait mis fin à deux années de guerre. Le conflit de 2020-2022 avait fait plus de 600 000 morts selon des estimations de l’Union africaine et provoqué d’importants déplacements de population. Plusieurs dispositions de l’accord restent toutefois contestées ou inachevées, alimentant les tensions entre Addis-Abeba et le Tigré.
La crise s’est également compliquée avec la formation, le 20 septembre, d’une alliance regroupant sept mouvements armés opposés au gouvernement fédéral. Le TPLF y côtoie notamment le mouvement amhara Fano, pourtant son adversaire pendant la guerre précédente. Cette coalition affirme vouloir renverser le gouvernement d’Abiy Ahmed.
L’ONU et l’Union africaine appellent au dialogue
Face à l’escalade, le secrétaire général de l’ONU s’est dit « gravement préoccupé » et a appelé toutes les parties à la retenue, à la protection des civils et à la reprise du dialogue. L’Union africaine demande également une désescalade immédiate et réaffirme que l’accord de Pretoria demeure le cadre de référence pour régler la crise. Elle a chargé son Haut Représentant pour la Corne de l’Afrique, l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, de reprendre les efforts diplomatiques.
La reprise des combats intervient dans une région déjà fragilisée par la guerre au Soudan et les tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée. Une prolongation des affrontements au Tigré pourrait ainsi dépasser le cadre strictement éthiopien et accentuer l’instabilité dans l’ensemble de la Corne de l’Afrique.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU