Washington multiplie les partenariats avec plusieurs États africains afin d’y transférer des migrants expulsés des États-Unis. Ces accords, souvent négociés discrètement, provoquent une vive controverse sur le continent et alimentent les inquiétudes des défenseurs des droits humains.
L’administration du président Donald Trump accélère sa stratégie de déportation de migrants vers des pays tiers, avec l’Afrique devenue l’un des principaux terrains de cette politique migratoire controversée. Selon des enquêtes publiées par Reuters et d’autres médias internationaux, plusieurs pays africains ont accepté — ou envisagent d’accepter — des migrants expulsés des États-Unis en échange d’aides financières, d’avantages diplomatiques ou d’accords de coopération sécuritaire.
Une carte publiée récemment par le quotidien espagnol El País montre qu’au moins une quinzaine de pays africains ont été contactés par Washington. Parmi eux figurent le Rwanda, l’Ouganda, le Ghana, l’Eswatini, le Soudan du Sud, la Sierra Leone, la République démocratique du Congo ou encore le Bénin. D’autres pays comme le Sénégal, le Gabon ou le Nigéria auraient refusé l’accord.
Le Bénin parmi les pays contactés
Le Bénin apparaît également dans les documents et cartes publiés par plusieurs médias internationaux. Selon une enquête réalisée par le média américain, CBS News, Washington aurait engagé des discussions avec les autorités béninoises concernant un éventuel accueil de migrants expulsés des États-Unis. Toutefois, aucun accord officiel n’a été confirmé publiquement par Cotonou.
Les extraits publiés par CBS News précisent que plusieurs ambassades africaines, dont celle du Bénin, n’ont pas répondu aux demandes de commentaires des journalistes. L’ambassade de la Guinée équatoriale a, de son côté, affirmé ne pas être au courant de telles discussions, tandis que l’Angola a officiellement déclaré qu’il n’accepterait pas de migrants expulsés d’autres nationalités.
L’Eswatini, premier partenaire actif
Le royaume d’Eswatini apparaît comme l’un des premiers pays à avoir accepté officiellement ce programme. D’après Reuters, le gouvernement du Premier ministre Russell Dlamini aurait rapidement soumis la proposition au roi Mswati III, qui l’aurait validée sans débat public. En échange de l’accueil de jusqu’à 160 migrants, Washington aurait versé environ 5,1 millions de dollars au royaume.
Depuis 2025, plusieurs migrants originaires de Cuba, du Laos, de Somalie, du Vietnam ou encore du Yémen ont été transférés vers ce petit État d’Afrique australe. Certains auraient été placés dans des centres de détention ou maintenus à l’isolement dans des prisons locales.
Des accords étendus à d’autres pays africains
La Sierra Leone a également signé un accord permettant d’accueillir jusqu’à 300 migrants ouest-africains expulsés des États-Unis chaque année. Le premier vol transportant des ressortissants du Ghana, du Sénégal, du Nigeria et de Guinée est arrivé cette semaine à Freetown.
La RDC aurait entré dans les discussions en 2026 dans un contexte de rapprochement diplomatique avec Washington autour des accords des minerais stratégiques et du conflit avec le Rwanda. Kinshasa avait reçu il y a plusieurs semaines, un premier groupe de plus de 30 migrants. Les personnes concernées venaient principalement d’Amérique latine et d’autres régions du monde.
D’autres pays comme le Rwanda, l’Ouganda ou le Ghana auraient conclu des arrangements similaires avec Washington. Selon plusieurs rapports, les États-Unis cherchent surtout des pays capables d’accueillir des migrants dont les États d’origine refusent le rapatriement.
Une stratégie qui s’inscrit dans une logique de continuité
Selon CBC News, cette stratégie rappelle les accords de « pays tiers sûrs » négociés durant le premier mandat de Donald Trump avec le Salvador, le Guatemala et le Honduras afin de limiter l’arrivée de migrants à la frontière mexicaine. Une partie de ces accords avait ensuite été abandonnée sous la présidence de Joe Biden.
Depuis février, les États-Unis ont déjà transféré des centaines de migrants africains et asiatiques vers le Costa Rica et le Panama. En mars, près de 300 Vénézuéliens accusés d’appartenir à des gangs ont aussi été envoyés dans une méga-prison au Salvador.
Le Migration Policy Institute (Institut de politique de la migration) estime qu’environ 15 000 migrants ont été déportés vers des « pays tiers » entre janvier et décembre 2025. Environ 13 000 d’entre eux ont été envoyés vers le Mexique, et seulement quelques centaines vers l’Afrique, l’Asie ou les Balkans.
Le Sénat américain a révélé que Washington avait dépensé plus de 40 millions de dollars pour expulser environ 300 migrants vers des pays tiers comme le Rwanda, l’Eswatini ou la Guinée équatoriale.
De fortes critiques des ONG
Ces accords suscitent une vague de critiques de la part des organisations de défense des droits humains. Human Rights Watch et plusieurs juristes dénoncent des procédures opaques et potentiellement contraires au droit international. Certains migrants auraient été transférés sans véritable possibilité de recours judiciaire.
Des opposants africains accusent également Washington de transformer certains pays du continent en « plateformes de déportation » pour migrants indésirables. D’autres y voient une tactique de dissuasion migratoire. Malgré les critiques, l’administration Trump semble déterminée à poursuivre cette stratégie migratoire, devenue un axe majeur de sa politique intérieure et diplomatique axée.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU
